Interview : Adrien Betron, ancien jockey d’obstacle

Un ancien jockey d’obstacle, Adrien Betron, vous parle des difficultés de ce dur métier.


Tout d’abord un grand merci à Adrien d’avoir eu la gentillesse de bien vouloir répondre à mes questions pour le site MieuxJouerAuTurf.Pro.


Droits photo : scoopdyga.com (photo fournie par Adrien Betron)


A travers cet article, je voudrais souligner la difficulté du métier de jockey d’obstacles.


Et surtout que les turfistes enragés comprennent que si un favori n’est pas à l’arrivée comme prévu, ce n’est pas la faute au jockey mais bien les aléas des courses.


Si l’on n’accepte pas de perdre, il ne faut pas jouer aux courses hippiques, tout simplement.


Je lui laisse la parole :


Adrien, parlons un peu de vos débuts


J’ai commencé à monter à cheval chez mon père qui était entraîneur dès le plus jeune âge.


Très jeune j’ai voulu en faire mon métier. J’ai donc dès mes 16 ans rejoint l’AFASEC (l’école des courses hippiques) afin de commencer mon apprentissage dans le métier.


J’ai choisi de le faire chez mon père afin de parfaire mon éducation (car j’estime qu’à 16 ans on n’est pas encore totalement éduqué).


Je savais qu’avec lui j’allais apprendre le métier correctement, qu’il allait me l’inculquer avec passion.


Ce n’était pas une voie de facilité (bien au contraire).


Décrivez-nous un peu votre parcours, svp


A la fin de mon apprentissage qui a duré 2 ans, je suis parti en meeting à Pau chez Monsieur Jacques ORTET.


Cela fut une expérience courte mais intense pendant laquelle j’ai beaucoup appris et vu d’autres méthodes de travail.


A la suite de cela je suis retourné chez mon père afin de bénéficier d’un cadre de vie plus sain et plus stable, ce qui me permettait de tenir un poids de forme de 64 kg environ.


Ah oui, le poids ! Toujours un gros problème chez la majorité des jockeys


En effet le poids était quelque chose qui me prenait énormément d’énergie car je mesure 1m80.


Tout au long de ma carrière j’ai dû faire attention à mon poids en faisant beaucoup de sport, de régimes, de sauna…


Lorsque nous sommes trop lourds, nous (les jockeys trop lourds) réalisons des prouesses avec notre corps. On compile le sport, le régime et le sauna en même temps.


C’est à dire que l’on se prive de manger. On part courir avec plusieurs couches sur le dos pour suer un maximum. On travaille l’été habillé comme en hiver, et si cela ne suffit pas, avant le début des courses on va faire un tour au sauna.


A l’heure actuelle, le poids est un gros problème pour beaucoup de jockeys hommes.


Pensez-vous que le fait que votre père était déjà dans le métier ait été un avantage pour vous, ou un inconvénient ?


Le fait de n’avoir travaillé quasiment que pour mon père m’a permis d’apprendre beaucoup sur le fonctionnement de tous les corps de métier dans une écurie.


Je me forçais à m’investir à 100% dans chaque chose que je pouvais entreprendre.


Mais cela m’a aussi desservi vis-à-vis des autres entraîneurs qui pouvaient penser que j’étais chez lui pour la facilité.


Les résultats et les victoires ont-ils été longs à venir ou avez-vous été récompensé de vos efforts rapidement ?


J’ai eu la chance de commencer à monter en courses seulement 1 an après avoir débuté mon apprentissage mais les victoires sont venues 10 mois plus tard.


C’est une période difficile car on est jeune, on a envie de réussir. On met tout en œuvre pour que cela fonctionne mais ça ne vient pas.


On se pose des questions, on doute, on fait des erreurs de débutant et surtout on voit les autres réussir; et ça, quand on a l’esprit de compétition, c’est assez dur.


Finalement, j’ai gagné ma 1ere course en selle sur une jument qui s’appelait La Régalade sur l’hippodrome de Nîmes.


Sur le coup j’ai eu du mal à réaliser. Ca a été une sensation bizarre, une sorte de récompense que l’on attend depuis un moment et pour laquelle on finit par ne plus y croire.


Mais elle était enfin arrivée.


Finalement, durant votre courte carrière, combien de fois avez-vous franchi la ligne d’arrivée premier ?


Il s’en est suivi 57 autres exclusivement en obstacles notamment pour monsieur LIGEROT, monsieur PINBONNET, et d’autres entraîneurs qui m’ont fait confiance par le biais de mon ancien collègue Thomas BEAURAIN.


Avez-vous traversé des périodes de doutes ?


Au travers de ces 58 victoires, il y a eu toutes sortes de périodes.


Celle ou dès que l’on se met à cheval on sait que l’on ne va pas sortir des 3 premiers, peu importe le cheval, peu importe la course, tout nous réussis.


On est presque déçu d’être deuxième avec un cheval qui n’avait pourtant pas de chances avant le départ


Ce sont des moments exceptionnels, enivrants. On aimerait que cela ne s’arrête jamais.


Mais il y a aussi ceux qui sont plus durs où vous avez course gagnée mais il reste une haie et le cheval se trompe, où vous enchaînez les chutes et les mauvaises performances.



Pour que les lecteurs de MieuxJouerAuTurf.Pro se rendent bien compte de la difficulté du métier, combien avez-vous subit de fractures osseuses ?


Lors de ma carrière je n’ai pas eu beaucoup de fractures.


Je me suis cassé 1 fois la clavicule droite, une fois l’épaule gauche, plusieurs fois les dents, et 3 fois l’épaule droite la même année.


Cette dernière est survenue lors du prix Cambaceres à Auteuil (groupe 1 en obstacles pour les chevaux de 3 ans).


Ça devait être un jour mémorable. Ça l’a été mais pas dans le bon sens. Ce fut ma dernière course.


C’était la fracture de trop pour continuer le métier. C’était la santé ou le métier.


J’ai choisi la santé, car on n’en a qu’une. Des métiers il y en a plein; même si c’était celui qui me passionnait le plus.


Que se passe-t-il dans la tête lorsque l’on vous annonce que votre carrière est finie ?


Lorsque j’ai décidé d’arrêter, ce fut un ouf de soulagement pour toute ma famille qui tremblait à chaque obstacle à franchir.


Pour moi ce fut le moment le plus dur. C’est un rêve qui s’effondre, une passion qui s’arrête net.


Et surtout on pense à l’après. J’ai appris à faire cela depuis que j’ai 16 ans.


Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie. Est-ce que je continue dans le métier, est ce que je change totalement ???


A ce moment-là, je ne savais faire quasiment que ça…


Avez-vous définitivement coupé les ponts avec le monde hippique ?


Finalement je choisi la facilité et décidé de faire cavalier du matin notamment pour le compte de monsieur DECOUZ.


Mais cela ne m’a pas apporté pas la satisfaction que j’espérais. Le sentiment de préparer les chevaux mais de ne pas les monter en courses me frustrait trop.


J’ai donc par la suite décidé de tout arrêter et au travers de quelques recherches de me réorienter totalement dans autre chose.


Aujourd’hui j’ai encore beaucoup de bons collègues dans le métier avec qui je m’entends bien. Il m’arrive parfois les samedis matins d’aller monter à cheval par pur plaisir avec un peu de nostalgie.


Par la suite, si mon budget le permet, j’aimerais avec des collègues devenir propriétaire d’un (bon) cheval de courses.


J’ai hâte que les hippodromes puissent ouvrir à nouveau au public, surtout maintenant que les beaux jours arrivent.


Je pense que les chevaux ne seront jamais très loin de moi, toujours dans un coin de ma tête.


J’aime trop cet animal et ce métier pour tirer un trait définitif dessus.


Un dernier mot pour nos lecteurs turfistes


Le métier de jockey est un métier difficile  mais paradoxalement apprécié de beaucoup.


Les personnes qui le pratiquent sont des personnes passionnées qui ne comptent pas leur heures et qui font énormément de sacrifices.


Ils sont le dernier maillon d’une longue chaîne. Ce sont eux que l’on expose à la lumière. Ils ont la responsabilité sur les épaules d’achever le long travail effectué en amont.


Mais ce sont surtout des humains qui doivent en une demie seconde faire des choix stratégiques pour le bon déroulement d’une course.


Une course est une suite de choix stratégiques et il arrive parfois d’en prendre des mauvais; comme toutes les personnes du monde.


Malheureusement beaucoup de parieurs ont parfois tendance à l’oublier.


Pour conclure je dirais que jockey ce n’est pas un métier, mais une vie.


On n’est pas jockey que pendant la course, on l’est tous les jours tout le temps, à chaque repas, à chaque soirée refusée, à chaque conversation et même quand on est blessé.


Encore une fois merci Adrien pour votre témoignage, et bonne chance dans votre projet d’acquérir un galopeur.


C’est aussi le rêve de beaucoup de turfiste. Tenez-nous au courant.


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